Essais couverts végétaux 2019-2020

Bretagne Plants Innovation, la coopérative Eureden (union groupe d’aucy – Triskalia), et le Syndicat de la vallée du Blavet mènent depuis plusieurs années des essais couverts végétaux « courts » et « longs » entre pomme de terre et blé ou avant maïs ou cultures de printemps. Ils sont co-financés par l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne.

L’objectif de ces couverts est de :
• éviter le ruissellement et l’érosion durant l’automne,
• piéger les reliquats azotés et les autres éléments fertilisants,
• restructurer le sol par les différents systèmes racinaires des plantes en mélange,
• semer superficiellement en technique sans labour la culture suivante pour améliorer le contrôle des repousses de pommes de terre.

Les nouveaux essais réalisés cette année ont permis de confirmer les résultats obtenus mais aussi de développer de nouvelles techniques, comme implanter des couverts végétaux entre pomme de terre et futur semis de haricot.

Un premier rendez-vous bout de champs a eu lieu le 6 novembre 2019 sur les 3 plateformes d’essais, à l’EARL de Kergoff (NEULLIAC). Cette première après-midi permettait de présenter les essais, le matériel de désherbage mécanique du couvert, de semis en combiné et direct. En tout, 70 personnes (agriculteurs et techniciens agricoles) ont répondu présent pour l’événement. A travers le témoignage de Philippe DOLO (Bretagne Plants Innovation) et de Jean-Luc LE BENEZIC (Eureden), les agriculteurs ont pu comprendre l’intérêt de ces couverts et le retour sur investissement.

Dans cette continuité, le 7 janvier 2020 les trois partenaires ont proposé cette fois-ci la restitution des essais couverts végétaux (premiers résultats de biomasse, de reliquats azotés, de salissement...) lors d’une journée d’échanges techniques au lycée Le Gros Chêne à Pontivy.

A cette occasion, Frédéric THOMAS de l’association BASE est intervenu en matinée pour présenter des changements de pratiques possibles sur les cultures spécialisées, l’adoption des principes de l’agriculture de conservation des sols, dans le but de produire mieux et différemment des produits de qualité.

Au total 150 participants ont répondu présent. Il s’agissait à la fois d’agriculteurs, de techniciens agricoles et d’étudiants.

Retour sur cette journée passée avec Frédéric THOMAS

« Le problème n’est pas la culture de pomme de terre ou de maïs, mais c’est la façon dont on les cultive. »

Frédéric THOMAS a présenté le sol comme un capital à préserver et son travail n’est pas sans effet sur :

  • sa minéralisation, elle va augmenter brusquement puis diminuer rapidement après un labour,
  • sa structuration, le trafic de matériel est responsable de la compaction,
  • sa température, le travail du sol augmente l’amplitude thermique, plus chaud en journée et plus froid la nuit,
  • la vie du sol, notamment sur la population de vers de terre. Elle peut s’élever à 0.5 - 1 T de vers de terre/ha sur une parcelle travaillée accueillant des pommes de terre alors que sur une parcelle travaillée moins activement, la population peut s’établir à 2 - 2.5 T de vers de terre/ha. Leur activité permet d’améliorer la structuration et la fertilité du sol.

«  On pense que l’on hérite d’un sol, cependant on a la main pour améliorer sa santé ou pas !!!  »

De plus, Frédéric THOMAS a proposé des solutions pour minimiser les impacts des cultures spécialisées, par l’agriculture de conservation des sols avec notamment la plus-value des couverts végétaux :

  • la structuration du sol, qui sera améliorée en profondeur,
  • le recyclage de l’azote du sol pour la culture suivante, par exemple derrière un maïs ensilage ou une pomme de terre il peut rester d’importants reliquats pouvant aller de 50 à 80 UN sur 3 semaines,
  • la température du sol, pouvant être diminuée en été de 5°C à 8°C,
  • le contrôle des adventices, la survie de leurs graines peut être longue dans le sol. Elle peut aller jusqu’à 60 ans pour une graine de géranium. Alors que si on les rapproche de la surface du sol, la survie des graines se réduit par l’action des ultras violets,
  • la venue des auxiliaires qui sera favorisée. Pour information une population de carabes consomme entre 1150 à 4000 graines d’adventices/m2/jour en plus des limaces,
  • la valorisation de l’eau.

D’après Frédéric THOMAS, la technique alternative au travail du sol est le strip till, car il permet de travailler seulement sur la ligne de semis. Il est possible de le faire sur un semis de couvert déjà implanté.

«  Un sol vivant pour mieux conserver l’azote et l’eau.  »

Pour avoir un sol vivant et ainsi obtenir les bienfaits cités précédemment, il est nécessaire de bien le nourrir. Pour cela, « il faut lui apporter du vert et non que de la paille car sinon on obtient une indigestion ». Pour illustrer son propos, Frédéric THOMAS utilise l’image d’un ruminant. « On ne produit pas du lait avec de la paille, il est nécessaire d’adapter la ration. La proportion carbone sur azote est primordiale pour cela. Il en est de même pour le sol ! »

L’après-midi, une visite des plateformes d’essais de couverts végétaux était organisée et a permis de présenter les premiers résultats. Frédéric THOMAS en a profité pour donner des conseils sur la mise en place des couverts végétaux.

«  Pour vos couverts, si vous hésitez entre 3 espèces, mélangez les 3 ! »
« Quand t’as les conditions, tu y vas. »
« Un couvert doit atteindre au moins 4 à 5 T de matière sèche/ha pour être efficace.
 »

Concernant la mise en place de couverts, il prévient que les efforts sont à mener sur plusieurs années et que les effets sur le sol se verront à long terme.

Il conseille d’observer sa « plus mauvaise parcelle » pour ainsi identifier ses incohérences de pratiques, sur laquelle la météo extrême amplifie la variation des sols. Les meilleures terres sont quant à elles plus résilientes à son effet. Il rappelle qu’il faut garder à l’esprit qu’une cause est toujours multifactorielle (carences, culture sensible...).

De plus, le fait d’avoir un couvert constitué de plusieurs espèces végétales permet d’obtenir un couvert homogène. Par exemple, les crucifères étant favorisées par l’azote vont pouvoir bien se développer sur des zones bénéficiant davantage d’azote. Au contraire, les légumineuses se plairont sur des zones plus pauvres en azote du fait de leur capacité à capter l’azote de l’air.

La visite de terrain a permis à Frédéric THOMAS de rappeler les conditions de réussite d’un couvert qui tient à :
1- la date de semis
2- la qualité du semis
3- la fertilité du sol ou les éléments fertilisants disponibles
4- le choix des semences en mélange

Phrases clés :
«  Celui qui a mis un couvert n’a rien perdu, car il n’y a pas de lessivage. »
« Ouvrez un plan épargne en azote par les couverts, mais pour cela il faut accepter de modifier son approche culturale. »
« Raisonner la biodiversité ! Inviter le plus de vivants sur la parcelle pour favoriser la lutte biologique. »
« Si l’on élimine systématiquement les ravageurs, la prédation ne peut pas se mettre en place.
 »