Ferme-ouverte : Intérêts agricoles des haies

Le jeudi 28 janvier 2021 avait lieu, chez Hervé LE SERGENT à La Chapelle – Neuve, une ferme – ouverte sur l’intérêt agricole des haies. Cette journée était co-organisée par le CIVAM AD 56 et le Syndicat de la vallée du Blavet ; elle est financée dans le cadre du contrat territorial de bassin-versant du Blavet Morbihannais.

Plusieurs ateliers étaient proposés pour présenter l’intérêt des haies, à travers des interventions variées sur les thématiques :
• Biodiversité par l’association Bretagne Vivante ;
• Entretien des haies par l’association Terres & Bocages ;
• Erosion des sols par le Syndicat de la vallée du Blavet ;
• Pâturage par le CIVAM AD 56 ;
• Stockage de carbone par le Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne ;
• Valorisation des haies par la SCIC Argoat Bois Energie et Centre Morbihan Communauté.

Cette rencontre était à destination des établissements scolaires le matin, et des agriculteurs/porteurs de projet l’après-midi. En tout, 70 élèves de BTS agricole des lycées du Gros Chêne (Pontivy) et de La Touche de (Ploërmel), ainsi qu’une trentaine d’agriculteurs et porteurs de projets ont assisté aux ateliers.

RETOUR EN IMAGES SUR CETTE JOURNÉE

PRÉSENTATION DE LA FERME
Hervé LE SERGENT a présenté son exploitation, les évolutions apportées depuis son installation, ainsi que la place des haies dans son système.

Ses parents produisaient du lait. Au moment de la transmission, cet atelier a été remplacé par un système porcin naisseur – engraisseur. Hervé a ensuite adhéré à une maternité collective. Il s’est alors consacré aux cultures et à l’engraissement des porcs.

En 2008, à la suite d’une réunion publique présentant le programme Breizh Bocage (programme régional pour la protection, la création et l’appropriation du bocage), Hervé s’est porté volontaire pour implanter un talus planté afin de limiter les phénomènes d’érosion observés sur des parcelles en pente et qui s’aggravaient depuis quelques années. Les premiers aménagements ont ainsi été créés en début d’année 2010. L’hiver suivant, des haies à plat ont été implantées avec l’objectif de reconnecter le maillage bocager sur son exploitation.

En 2021, de nouvelles haies à plat ont été mises en place pour répondre aux enjeux de biodiversité, de paysage et de transmission. Hervé anticipe l’arrêt de son activité. Il souhaite, dans les années à venir, se concentrer sur les cultures et l’entretien des haies. Les bâtiments d’élevage vont être démontés et l’ensemble des matériaux vont être réutilisés, à chaque fois que cela sera possible.

En tout, 4 km de haies ont été implantées sur l’exploitation d’Hervé. Les objectifs étaient divers : créer de la ressource pour disposer de bois de charpente pour ses bâtiments, protéger du vent les bâtiments des porcelets, limiter les phénomènes d’érosion, favoriser la biodiversité…

ATELIER BIODIVERSITE
Luc GUIHARD, de l’association Bretagne Vivante, association de préservation de la nature, a indiqué que pour avoir une faune diversifiée, il est nécessaire d’avoir un paysage diversifié, caractérisé par une mosaïque d’habitats. Les zones de lisières, entre deux habitats différents, sont les zones les plus riches. De plus, il a rappelé le contexte inquiétant de l’effondrement de la biodiversité. Or 70 % du territoire breton est agricole ; les agriculteurs sont donc les acteurs de cette reconquête.

La haie, habitat privilégié des syrphes par exemple, permet de bénéficier d’une « armée » d’auxiliaires limitant ainsi l’attaque de ravageurs. Luc rappelle que pour avoir leur présence sur l’exploitation, il est nécessaire de leur offrir le gîte et le couvert. La proie des auxiliaires doit donc être sur place, comme le puceron pour la coccinelle.

ATELIER ENTRETIEN
Thierry GUEHENNEUC de l’association Terres & Bocages, a rappelé le cycle de l’accumulation de la matière par l’arbre (photosynthèse). Il stocke le carbone, issu du dioxyde carbone (CO2) de l’air, pour le stocker dans le bois sous forme de lignine. Les feuilles sont nécessaires dans sa dynamique de croissance, ainsi les arbres doivent être taillés le moins possible. Cette pratique n’est effectuée que pour répondre à un besoin humain, pour se frayer un chemin ou pour se chauffer par exemple. En cas de taille, si celle-ci est importante, cela va favoriser la venue de gourmands ou de maladies et donc du travail d’entretien plus conséquent.

Thierry rappelle :
-  que l’élagage ne doit pas être supérieur à 1/3 du volume foliaire potentiel,
-  de laisser une largeur de bandes enherbées suffisante en pourtour des haies, afin de limiter les coûts d’entretien.

ATELIER EROSION
Caroline BELLECSAMSEOU du Syndicat de la vallée du Blavet (SVB) a présenté les actions du SVB en matière d’aménagement bocager et de lutte contre l’érosion.

La plantation de haies est prise en charge à 100 % par le programme Breizh Bocage. Le choix des essences d’arbres est important suivant le type de haie que l’on souhaite : arbres de haut jet, haies mixtes, alignements d’arbres…

Les phénomènes d’érosion, souvent illustrés par des coulées de boue lors des orages de printemps, surviennent principalement car la terre est à nu. Les enjeux sont importants du fait des dégâts sur la voierie ou dans les habitations. Ils sont aussi agronomiques car il s’agit de perte de terre superficielle, riche en matière organique. Les talus permettent ainsi de conserver la terre sur la parcelle. Afin de limiter ces phénomènes, il est préconisé d’avoir des cultures différentes sur le même versant, cela limite la pression.

ATELIER VALORISATION
Bruno D’HAUTEFEUILLE et Marc GUEGAN, agriculteurs, ont témoigné sur le rôle de la Société Coopérative d’Intérêts Collectifs (SCIC) qui a pour objectif de produire du bois en local pour consommer local. Pour vendre du bois à la SCIC, il est nécessaire de répondre aux conditions de durabilité, en réalisant un plan de gestion.

Un lien avec les collectivités est développé, afin de les inciter à installer des chaudières bois pouvant accueillir du bois bocage. Marine CLAVEL, technicienne à Centre Morbihan Communauté a notamment apporté son témoignage concernant la chaudière bois installée dans le cadre du nouveau complexe aquatique de la commune de Baud. En installant un tel réseau de chaleur, l’avantage est double car il bénéficie au sol et à l’eau.

ATELIERTURAGE
Marion MENEZ du CIVAM AD 56 a présenté tout d’abord le rôle des haies pour le confort des animaux (abri contre le vent, la pluie, le soleil et les fortes chaleurs). A leur proximité, la température est augmentée de 1 à 2°C en hiver et diminuée de 5°C en été, ainsi, le stress thermique des animaux est diminué. Pour information, celui-ci peut engendrer jusqu’à 22 % de perte de production pour les laitières.

Sur des prairies boisées, les haies vont aussi réguler la circulation de l’eau, réduire l’évapotranspiration et donc créer un micro-climat qui va permettre d’allonger la période de productivité des prairies, de portance des sols. Le pâturage peut alors démarrer plus tôt en saison et s’arrêter plus tard. La période étant allongée, le coût alimentaire est donc diminué.

De plus La haie peut être vue comme ressource fourragère. Les feuilles sont équivalentes en matière sèche et en protéine brute à un fourrage classique. A cela, peut s’ajouter la notion d’atout santé du fait de la présence de tanin et d’éléments minéraux. Cette ressource peut être apportée à partir de juillet, lorsque les prairies commencent à caler. Cette diversité alimentaire stimule l’appétit. Plusieurs méthodes de distribution sont utilisées en fonction du type de haie. Celles en taillis et en cépée permettent une consommation en direct par les animaux. Sinon, il est possible de tailler les branches et de les donner ensuite aux animaux.

Michel Mauguin et Olivier Corbel, éleveurs de vaches laitières en systèmes herbagers pâturants, témoignent de leurs pratiques en termes d’implantation et de gestion des haies. Leur principale motivation de départ a été le confort des animaux au pâturage pour pouvoir allonger au maximum la période de l’année où les animaux sont nourris de cette manière car c’est la plus économique. Tous les deux ont régulièrement implanté de nouvelles haies depuis leur installation. Olivier explique notamment que suite à la canicule de 2013 où les animaux ont souffert de la chaleur car toutes les parcelles n’étaient pas ombragées, lui et son associée ont fait le choix d’implanter de nouvelles haies et qu’ils les ont positionnées de manière à ce que tous les paddocks (en moyenne 1ha chacun) soient en partie ombragés au cours de la journée. Michel et Olivier précisent aussi que plus il y a de haies autour des paddocks, moins les animaux se concentrent au même endroit et plus les risques sanitaires (mammites…) sont réduits. Ils expliquent qu’ils tirent aussi avantage du bocage en le valorisant en bois de chauffage pour la maison.

ATELIER STOCKAGE CARBONE
Isabelle SENEGAS de la Chambre Régionale d’Agriculture de Bretagne a présenté le rôle de stockage du carbone par les arbres contribuant ainsi à l’atténuation des changements climatiques. En captant du CO2, ils le transforment en biomasse en le stockant dans le bois, les feuilles et les racines. Les exsudats racinaires enrichissent le sol en carbone.

Le projet Carbocage, est mené par les Chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de Loire ainsi que l’INRAE, grâce au financement de l’ADEME. Des études ont montré que les haies stockaient entre 3 à 5 t de CO2/km/an.

Un label haie bois carbone a été créé en complément pour répondre aux enjeux fixés par le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire de respecter la neutralité carbone d’ici 2050. Il s’agit d’un système de crédit pour le stockage de carbone en échange de bonnes pratiques. Le montant est déterminé en fonction des objectifs fixés en termes de régénération par rapport à un scénario de référence. L’engagement se fait sur une durée de 5 ans, renouvelable 2 fois. Un suivi est réalisé ainsi qu’un audit au bout de 5 ans. Les travaux d’entretien effectués doivent être recensés. L’instruction des dossiers se fait par la DREAL. La notion de lutte contre l’érosion augmente le montant perçu.