Journée technique « Alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture »

Dans le cadre du contrat territorial de bassin versant du Blavet Morbihannais, le syndicat de la vallée du Blavet (SVB), la coopérative Eureden (union des groupes D’aucy et Triskalia), Bretagne plant innovation (BPI) et la fédération morbihannaise des Cuma (FD Cuma 56), ont organisé une journée d’information et de démonstration sur les alternatives techniques à l’usage des produits phytosanitaires. Cette journée s’adressait à l’ensemble des agriculteurs du bassin versant et des techniciens agricoles.

Cette thématique vaste et complexe a été abordée en deux temps :
-  une matinée en salle avec la présentation des enjeux, des apports théoriques et pratiques et des rappels réglementaires ;
-  une après-midi de présentation de matériels agricoles appartenant à la Cuma de Saint Gérand et d’une plateforme de couvert végétaux.

Suivis de la qualité de l’eau
Caroline SOURRISSEAU (SVB) a présenté les résultats des suivis « qualité de l’eau ». Ils concernent les nitrates, le phosphore, et les produits phytosanitaires (500 molécules recherchées). L’évolution de ces critères est présentée par sous bassins versants sous la forme de fiches « Cours d’eau » disponibles sur le site internet du SVB (https://www.blavet.bzh/donnees-qualite-d-eau). Ces fiches mettent en lumière la situation du cours d’eau par rapport aux objectifs fixés par le SAGE Blavet notamment, les molécules détectées et leurs usages.

Alternatives aux produits phytosanitaires - Fondamentaux
Jean-Luc LE BENEZIC (Eureden) a poursuivi la matinée en abordant les leviers agronomiques existants pour diminuer l’usage de produits phytosanitaires. Avant toute considération purement technique, il est important de considérer son système d’exploitation avec une vision d’ensemble. Diminuer l’usage des produits phytosanitaires passe en premier lieu par la construction d’un système sol – plante – animal résilient. Pour ce faire, la complémentarité de ces trois compartiments est primordiale.
Soigner le fonctionnement de son sol est la condition nécessaire à une bonne santé végétale. Et une culture en bonne santé nécessite moins d’intrants pour la protéger face aux agressions extérieures (ravageurs, compétition des adventices, variations climatiques,…) Pour cela, il est très important de garantir au système « sol » les bonnes conditions de vie. Une attention particulière est donc requise pour le maintien de bons ratios d’équilibre au sein et de celui-ci. Le premier d’entre eux est le C/N, le moteur de la disponibilité des éléments nutritifs. Il doit être situé entre 8 et 10 et peut se piloter grâce aux effluents d’élevage, à la gestion des résidus, aux couverts végétaux. D’autres ratios simples à surveiller sont également importants : le Ca/Mg (valeur optimale ≈ 10), le K/Mg (valeur optimale ≈ 3). Le chaulage n’est donc surtout pas à négliger afin d’apporter environ 300 UCa/ha et 50 UMg/ha. Pour le potassium, il est temps de raisonner son apport comme cela se fait pour l’azote. Des apports au plus près des besoins, en fractionnant les passages localisés sur les rangs, sont des pratiques à généraliser.

Alternatives aux produits phytosanitaires – Leviers agronomiques
• Les couverts végétaux

De plus en plus présents dans les itinéraires techniques, les couverts végétaux ont de nombreux avantages :
-  maîtrise du salissement des parcelles par les adventices ;
-  recyclage des éléments nutritifs entre deux cultures pour éviter des pertes et ainsi diminuer les apports sur la culture suivante ;
-  stockage de carbone par la photosynthèse ;
-  captation d’éléments profond grâce à la complémentarité des systèmes racinaires (ex : l’avoine rude capte bien la potasse en profondeur) ;
-  protection des sols contre l’érosion ;
-  diminution du ruissellement ;
-  valorisation en culture dérobée ou en fourrage.

Un couvert végétal réussi est un couvert qui produit beaucoup de biomasse. Pour réussir son implantation, quelques règles peuvent être suivies :
-  une implantation le plus tôt possible, soit un semis dans les jours qui suivent la moisson (excepté derrière orge dont les repousses sont très agressives et pour lesquelles la réalisation d’un faux semis est quasi obligatoire) ;
-  un mélange d’espèces qui arrivent à maturité à la même période ;
-  une destruction dès que possible. Pour cette dernière, deux outils ont été présentés aux participants par Christopher Brachet (FD Cuma), un rouleau Cambridge et un rouleau type Faca, fabriqué par M Lorans, agriculteur sur Cléguérec. Ce dernier présente l’avantage de détruire tous les types de couvert, y compris les graminées du fait des lames soudées sur le rouleau, qui hachent le couvert.

Rouleau Faca

L’installation des couverts est encadrée par diverses réglementations dont les principaux éléments ont été rappelés par Sébastien DANTEC (Eureden).
-  L’implantation des couverts doit être réalisée avant le 10/09 suite à une céréale à paille, avant le 01/11 suite aux cultures récoltées à l’automne. Il n’y a pas d’obligation d’installation de couverts pour une récolte postérieure au 01/11.
-  Aucune fertilisation n’est autorisée sur des couverts longs non récoltés.
-  La destruction du couvert long ne peut être faite avant le 01/02 et doit être mécanique. Si le couvert arrive à floraison avant cette date, le couvert peut être roulé.
-  Les couverts, les CIPAN ou les cultures dérobées, peuvent être intégrés dans les surfaces d’intérêt écologique (SIE) s’ils sont maintenus au minimum 8 semaines (du 10/09 au 04/11) et s’ils comportent au moins deux espèces.

La matinée a aussi été l’occasion de rappeler les différents points d’attention lors de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques (pulvérisation, distances de sécurité aux riverains, zones de non traitement, dispositifs végétalisés permanents...).

Philippe Dolo (BPI) a présenté les résultats obtenus sur une plateforme de démonstration. Celle-ci a fait l’objet d’une visite l’après midi sur l’exploitation de M. Thomas Bouix, agriculteur à Cléguérec. Pour BPI, l’enjeu des couverts est la diminution des périodes de sol nu en culture de pomme de terre. Pour cela de nombreux mélanges ont été essayés sur la plateforme. Quelques informations pertinentes ont pu être identifiées.
-  Le précédent blé avant pomme de terre nécessite de nombreux déchaumages pour détruire les pontes de taupins ce qui entre en contradiction avec une nécessité d’implantation précoce du couvert (délai de 15 jours).
-  En fonction des couverts, 70 à 80 UN/ha sont potentiellement captés et restitués pour la culture de pomme de terre.
-  La présence de radis chinois dans le couvert augmente la capacité de ce dernier à capter du calcium.
-  La présence de graminées avec leur système racinaire fasciculé est un frein au tamisage.
-  Avoir des couverts de très longue durée pour une protection des sols maximale est à conjuguer avec la lignification du couvert qui survient après la floraison. Si le couvert, est trop riche en carbone, sa décomposition engendrera une faim d’azote, préjudiciable à la culture de pomme de terre.

Visite de la plateforme de démonstration de couvert (BPI, Cléguérec)

Les couverts sont un véritable atout pour diminuer le nombre de passages de produits phytosanitaires et les risques de transferts vers les eaux, de surface ou souterraines. Les intégrer sur le long terme est aussi un avantage pour le recyclage des éléments nutritifs et donc diminuer également les quantités d’engrais apporter aux cultures.
Outre les couverts végétaux, Jean-Luc LE BENEZIC (Eureden) a exposé d’autres leviers techniques existants.

• Les rotations de culture
Des rotations longues et diversifiées constituent un élément clé dans la diminution des passages de produits phytosanitaires.
Augmenter le nombre de cultures au sein de sa rotation est très efficace pour réduire l’utilisation des pesticides. La relation entre cet allongement de la rotation et l’indice de fréquence de traitement (IFT) est linéaire et décroissante. Par exemple, en Bretagne, les rotations sont principalement composées de graminées (céréales à paille / maïs / colza). Cette prédominance augmente le risque d’accoutumance des adventices aux traitements obligeant de répéter les passages et à terme la probabilité de créer des problèmes de résistance aux produits phytosanitaires.

Il est donc conseillé d’augmenter le nombre d’espèces dans la rotation, en alternant culture de printemps et culture d’hiver, culture de monocotylédones et culture de dicotylédones.

• Le désherbage mécanique
Bien maîtrisées par des agriculteurs en label « AB », ces techniques sont encore peu vulgarisées à l’ensemble de la profession. Elles nécessitent une technicité importante pour le réglage des outils et une adaptation de l’itinéraire technique (densité et profondeur de semis…). Elles réduisent également les fenêtres d’intervention favorables (météo, stade de la culture,…). Ces contraintes augmentent le risque d’échecs. L’idéal pour commencer le désherbage mécanique est de réaliser une transition entre le « tout chimique » et le « tout mécanique » en privilégiant une stratégie mixte. Cela peut être 50 % des passages en mécanique et 50 % des passages en chimique par sécurité.

Les outils sont nombreux (bineuse, houe rotative, herse étrille, roto-étrille,…) et les évolutions techniques associées favorisent la transition. Ainsi, la FD Cuma a exposé une bineuse avec guidage caméra. Cet investissement augmente les débits de chantier tout en minimisant les dégâts éventuels sur la culture. L’outil combine également des lames Lelièvre, pour passer au plus près du rang, avec des socs en pattes d’oie pour scalper les adventives dans l’inter-rang.

Bineuse Garford

• Méthodes alternatives
D’autres méthodes sont également envisageables mais n’ont pu être présentées dans le détail :
-  vigilance sur les précédents culturaux pour diminuer la pression des pathogènes ;
-  choix des variétés ;
-  outil d’aide à la décision pour le déclenchement des traitements. Ces outils favorisent l’application de traitements au bon moment et éventuellement l’impasse sur certains passages non nécessaires compte tenu du contexte de l’année ;
-  plantes compagnes : par exemple, le colza associé est une technique qui marche très bien ;
-  les produits de biocontrôle : sulfate ferrique contre les limaces, le souffre comme renfort des défenses immunitaires des plantes, champignons parasites (ex : le contans contre la sclerotinia), les champignons bénéfiques du sol (pourriture blanche) ;
-  les auxiliaires : coccinelles, syrphes (outre leur rôle de polinisateurs, certains syrphes se nourrissent de pucerons au stade larvaire), vers de terre (qui sont aussi fusariophage), carabes (se nourrissent à la fois d’œufs de limaces et de graines d’adventices), hyménoptères parasitoïdes… Pour bénéficier d’un biocontrôle par les auxiliaires, deux conditions parmi d’autres doivent être respectées, leur offrir le gîte et le couvert. Cela implique de préserver des zones de son exploitation pour les accueillir et d’avoir une tolérance vis-à-vis des ravageurs de cultures pour qu’ils soient prédatés par les auxiliaires ;
-  les plantes attractives : par exemple, semer du blé à la volée dans le maïs (100 kg/an). Les taupins sont davantage attirés par le blé, ce qui préserve le maïs de leurs attaques.

• Aménagements parcellaires
Face aux risques de transfert via le ruissellement ou l’érosion des sols, des aménagements parcellaires sont possibles.

Au niveau réglementaire, Sébastien DANTEC (Eureden) précise les différents aménagements obligatoires. La directive nitrates impose une zone tampon de 5 m à tous cours d’eau. De plus, il peut exister des zones de non traitement (ZNT eau) spécifiques à chaque produit variant de 5 m (minimum pour tous les produits) à 100 m. A cela, la nouvelle réglementation impose également une Distance de Sécurité Riverain (DSR ou « ZNT riverains ») de 5 m aux parcelles habitées. Enfin, outre ces ZNT, il peut être mentionné sur l’étiquette des produits l’obligation de présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) de largeur variable.

Caroline SOURISSEAU (SVB) indique que le SVB est maître d’ouvrage sur son territoire du programme régional Breizh Bocage. Les agriculteurs et les collectivités peuvent donc solliciter le SVB pour :
-  la création d’un talus ou d’un billon en contexte agricole ;
-  la plantation de talus, billons ou haies à plat en contexte agricole ;
-  les démarches de protection des éléments du bocage (ex : cas d’arasement) ;
-  l’organisation de journées techniques autour du bocage (ex : journée techniques « Fossé » avec les agents communaux) ;
-  la sensibilisation et la formation auprès d’un public scolaire et d’apprentissage.
La création d’aménagements comme des talus est particulièrement efficace contre les coulées de boue, récurrentes sur le bassin versant depuis 2-3 ans. A ce jour, sur cette période, le SVB a recensé 250 coulées de boue. Cette identification faite, il s’agit d’engager une démarche de concertation avec l’ensemble des acteurs (agriculteurs, élus, riverains, services techniques, EPCI, départements,…) afin d’aboutir à la mise en place d’un talus pour éviter que de telles coulées se répètent.

Si vous êtes intéressés pour mettre en place ces différentes pratiques sur votre exploitation, le Syndicat de la vallée du Blavet propose différents dispositifs :
-  l’accompagnement individuel, pour bénéficier d’un appui technique, dispensé au choix par différentes structures agricoles : Eureden, GAB 56, Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, BCEL Ouest, Civam AD 56 ;
-  les contrats d’engagement soutenant l’expérimentation des techniques ayant un impact bénéfique sur la qualité de l’eau via une compensation financière d’éventuels surcoûts occasionnés par l’adoption de ces techniques.
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à contacter le service agricole du Syndicat de la vallée du Blavet.